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Rowhammer, l'attaque qui inverse des bits en mémoire

Rowhammer modifie la mémoire DRAM d'un appareil sans y toucher directement. Ce que voit le salarié, comment ça marche et quels gestes adopter.

En 30 secondes

Où ça arrive
Dans la mémoire DRAM des ordinateurs et appareils, y compris lorsqu'un site web exécute du JavaScript dans le navigateur1.
Ce que veut l'attaquant
Changer des bits que son programme n'a pas le droit de modifier, par exemple pour obtenir des droits d'administrateur13.
Le réflexe
Garder le système, le navigateur et les logiciels à jour, car la mise à jour régulière des logiciels est une mesure de protection citée par MITRE ATT&CK contre l'exploitation de failles34.
Si c'est déjà fait
Signaler à l'équipe de sécurité tout comportement inhabituel de l'appareil, par exemple la panne soudaine d'un antivirus, que MITRE ATT&CK range parmi les signes d'une exploitation de faille4.

De quoi parle-t-on

Une règle de base de la sécurité informatique veut qu'un emplacement de la mémoire ne puisse être modifié que par les programmes autorisés à y écrire. Rowhammer contourne cette règle : en lisant très souvent certaines zones de la mémoire DRAM, un programme peut changer le contenu de cellules voisines sans y accéder1.

Pour un salarié, le point à retenir est qu'un site web avec JavaScript suffit à mener cette attaque1. Elle touche le matériel lui-même, et selon les auteurs, les contre-mesures existantes en 2015 ne la bloquaient pas1.

Questions directes

Qu'est-ce que Rowhammer ?

C'est un défaut de la mémoire DRAM. Les auteurs de Rowhammer.js expliquent que des effets parasites dans la DRAM peuvent changer le contenu d'une cellule de mémoire sans y accéder, en accédant à haute fréquence à d'autres emplacements1. Ils précisent que ce défaut apparaît dans la plupart des barrettes de mémoire actuelles à la date de leur article1.

Pourquoi ce défaut existe-t-il ?

Selon la deuxième version de l'article, la DRAM a gagné en densité, et ses cellules sont donc moins isolées les unes des autres2. Des accès répétés à des lignes de la DRAM peuvent alors provoquer des inversions de bits aléatoires dans une ligne adjacente2.

Un bit inversé, est-ce vraiment grave ?

Oui, selon les mêmes auteurs. Le défaut a déjà servi à obtenir les droits root et à sortir d'un bac à sable2. Un bac à sable est un espace isolé où un programme est censé rester enfermé.

Faut-il avoir accès à l'ordinateur pour l'attaquer ?

Pas forcément. Rowhammer.js, selon ses auteurs, est la première attaque matérielle déclenchée à distance par logiciel : elle n'exige ni accès physique à la machine, ni exécution de code natif, ni instructions spéciales2. Un site web contenant du JavaScript suffit à provoquer des fautes sur le matériel distant1.

Que voit la victime ?

Les sources citées ici ne décrivent aucun message ni signe à l'écran. Elles indiquent que ces attaques menées par JavaScript peuvent viser des millions d'utilisateurs de façon discrète et simultanée2.

1Dans la peau de l'attaquant1 min

L'attaquant part d'un obstacle : un programme qui s'exécute avec peu de droits ne peut pas accéder à certaines ressources du système. MITRE ATT&CK décrit cette étape comme une élévation de privilèges, qui peut faire passer d'un niveau utilisateur aux droits SYSTEM ou root3. Elle peut aussi permettre de quitter un environnement virtualisé, comme une machine virtuelle ou un conteneur, pour atteindre la machine hôte3.

Rowhammer offre un chemin pour y arriver, puisqu'il permet d'altérer la mémoire sans en avoir l'autorisation. Les auteurs de Rowhammer.js évoquent des attaques par élévation de privilèges parmi les conséquences1. Ils indiquent aussi qu'un site web suffit pour obtenir un accès sans restriction aux systèmes de ses visiteurs1.

MITRE ATT&CK décrit une autre technique, l'exploitation d'une faille pour échapper à la détection, qui consiste à agir de façon à réduire la visibilité ou à se fondre dans l'activité légitime4. Cette fiche ne dit pas que Rowhammer a été utilisé ainsi : les sources citées ici ne le mentionnent pas.

2Ce que vous voyez à l'écran1 min

Les sources citées ici ne donnent aucune description de ce que perçoit l'utilisateur. Elles disent seulement que l'attaque par navigateur peut être menée discrètement2. Dans le scénario décrit par les auteurs de Rowhammer.js, la victime visite un site web qui contient du JavaScript1.

Faute de signe visible propre à Rowhammer, les indices à surveiller sont ceux de toute exploitation de faille. MITRE ATT&CK cite des comportements anormaux de processus, comme un antivirus ou un outil de détection qui s'arrête de façon inattendue, ou des journaux qui présentent des trous4.

3Sous le capotÉquipes IT1 min

La mémoire DRAM stocke les données dans des cellules organisées en lignes. Quand la densité augmente, les cellules sont moins bien isolées entre elles2. Lire une ligne très souvent peut alors faire basculer des bits dans la ligne voisine2.

Les premiers exploits écrits pour tirer parti de ce défaut utilisaient du code natif et des instructions spéciales servant à vider des données du cache2. Toutes les études et attaques antérieures à Rowhammer.js dépendaient de la disponibilité d'une instruction de vidage du cache, afin de provoquer des accès à la DRAM à une fréquence suffisante1.

Rowhammer.js a levé cette limite. Ses auteurs montrent qu'on peut forcer le cache à évincer rapidement ses données et déclencher le défaut avec de simples accès mémoire ordinaires1. L'attaque devient alors possible dans des environnements restreints, y compris de script1. Une stratégie d'éviction trouvée par un algorithme générique fait passer le taux d'éviction de 95,2 % à 99,99 %2.

Les auteurs affirment que les contre-mesures existantes au moment de leur article ne protégeaient pas contre cette nouvelle attaque1. Dans la deuxième version, ils proposent des contre-mesures applicables immédiatement2.

4AutopsiesCas réels1 min

Rowhammer.js, juillet 2015

Le 24 juillet 2015, Daniel Gruss, Clémentine Maurice et Stefan Mangard déposent sur arXiv l'article Rowhammer.js1. Ils y présentent une implémentation de l'attaque en JavaScript2. Ils décrivent une attaque entièrement automatisée, qui ne demande rien d'autre qu'un site web avec du JavaScript pour provoquer des fautes sur du matériel distant1.

Selon eux, l'attaque fonctionne sur des systèmes du commerce et permet un accès sans restriction aux systèmes des visiteurs du site1. Une deuxième version paraît le 27 août 2015, et la dernière version date du 5 avril 201612. L'article a été accepté à la 13e conférence DIMVA en 20161.

5Ce que vous faites1 min

Les sources citées ici ne détaillent pas de geste propre à Rowhammer, ni sur la mémoire ECC ni sur les générations récentes de DDR. Elles permettent seulement de retenir la mesure générale que donne MITRE ATT&CK : mettre à jour régulièrement les logiciels, avec une gestion des correctifs pour les postes et les serveurs de l'entreprise34.

Pour un salarié, cela veut dire accepter les mises à jour proposées par l'équipe informatique et ne pas les repousser sans raison. MITRE ATT&CK cite aussi des protections qui détectent les comportements d'exploitation, ainsi que l'isolation des applications par bac à sable, qui rend plus difficile la progression d'un attaquant4.

Fiche

Identifiant
CP-088
Aile
1. Attaques et techniques
Compétence Brain
Sécuriser ses appareils (secure_devices)
Réflexe Brain
cr-055
Schéma
G3 · Coupe Anatomique
Langues
de, en, fr
Sources
4 sources vérifiées le 3 novembre 2026
Sources4 sources
  1. arXiv, « Rowhammer.js: A Remote Software-Induced Fault Attack in JavaScript », 24 juillet 2015. https://arxiv.org/abs/1507.06955 (consulté le 3 novembre 2026)
  2. arXiv, « Rowhammer.js: A Remote Software-Induced Fault Attack in JavaScript », 27 août 2015. https://arxiv.org/abs/1507.06955v2 (consulté le 3 novembre 2026)
  3. MITRE ATT&CK, « Exploitation for Privilege Escalation, Technique T1068 - Enterprise | MITRE ATT&CK® ». https://attack.mitre.org/techniques/T1068/ (consulté le 3 novembre 2026)
  4. MITRE ATT&CK, « Exploitation for Stealth, Technique T1211 - Enterprise | MITRE ATT&CK® ». https://attack.mitre.org/techniques/T1211/ (consulté le 3 novembre 2026)

Citer cet article

Brain, « Rowhammer, l'attaque qui inverse des bits en mémoire », Cyberpedia, 2026. https://startbrain.io/cyberpedia/fr/articles/rowhammer-inversion-bits-memoire-dram/

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