Retrouver les données d'entraînement d'une IA
Un attaquant qui interroge une IA peut deviner si un document a servi à l'entraîner, voire en faire ressortir des extraits mémorisés.
En 30 secondes
- Où ça arrive
- Sur les modèles d'IA publics ou fournis par un prestataire, que l'on interroge par une interface de conversation ou par un service en ligne.
- Ce que veut l'attaquant
- Savoir si une donnée précise a servi à l'entraînement, ou récupérer des informations que le modèle a gardées en mémoire, comme des informations personnelles publiques1.
- Le réflexe
- Ne pas saisir de données sensibles dans un outil d'IA public, et demander à ses fournisseurs ce qu'ils font des données saisies et comment ils entraînent leurs modèles.
- Si c'est déjà fait
- Prévenir le service sécurité de l'entreprise et vérifier, auprès de l'éditeur de l'outil, s'il est possible de refuser l'usage de ses données pour l'entraînement4.
De quoi parle-t-on
Un modèle d'IA, comme celui qui anime un assistant de conversation, apprend à partir d'un très grand nombre de textes, d'images ou de fiches. Un attaquant peut l'interroger pour savoir si une personne ou un document figurait dans ces données, ou pour faire réapparaître des morceaux que le modèle a mémorisés. Le premier cas s'appelle l'inférence d'appartenance, le second l'inversion ou l'extraction.
Pour un salarié, ce qui compte est ce que l'entreprise et lui-même saisissent dans un outil d'IA, puisque ces données peuvent entrer dans le modèle d'entraînement4. Cette fiche explique le principe, deux cas réels datés et les réflexes qui limitent l'exposition.
Questions directes
Quelle est la différence entre inférence d'appartenance et extraction ?
L'inférence d'appartenance répond à une question par oui ou non. Avec un enregistrement en main et un accès au modèle en « boîte noire », l'attaquant cherche à déterminer si cet enregistrement faisait partie des données d'entraînement3. L'extraction va plus loin : l'attaquant récupère des exemples d'entraînement individuels en interrogeant le modèle1. L'inversion consiste à reconstituer des informations sensibles ou des données d'entrée à partir de ce que le modèle révèle4.
Pourquoi un modèle peut-il « recracher » des données ?
Les sources parlent de mémorisation. Des chercheurs définissent la « extractable memorization » comme des données d'entraînement qu'un adversaire peut extraire efficacement en interrogeant un modèle, sans connaître à l'avance le jeu de données2. L'attaque sur GPT-2 fonctionne même si chaque séquence extraite figure dans un seul document des données d'entraînement1.
Les gros modèles sont-ils plus sûrs ?
Non, d'après l'étude sur GPT-2 : les auteurs constatent que les modèles plus grands sont plus vulnérables que les petits1. L'étude de 2023 ajoute que les techniques d'alignement actuelles n'éliminent pas la mémorisation2.
Un document confidentiel que j'ai collé dans un assistant peut-il ressortir chez un autre utilisateur ?
L'OWASP décrit ce risque : un utilisateur reçoit une réponse contenant les données personnelles d'un autre, à cause d'un nettoyage insuffisant des données4. L'organisation recommande que les applications empêchent les données des utilisateurs d'entrer dans le modèle d'entraînement et que les utilisateurs puissent refuser que leurs données y soient incluses4. Les sources citées ici ne chiffrent pas la probabilité d'un tel cas.
1Dans la peau de l'attaquant1 min
L'attaquant n'a pas besoin d'entrer dans le système de l'entreprise. Il lui suffit d'un accès au modèle, souvent public. Pour l'inférence d'appartenance, les chercheurs Shokri et ses coauteurs entraînent leur propre modèle d'inférence, qui apprend à reconnaître les différences entre les réponses de la cible sur des données vues à l'entraînement et sur des données qu'elle n'a jamais vues3.
Pour l'extraction, l'adversaire interroge le modèle sans rien savoir du jeu de données d'entraînement2. Il cherche des séquences qui sortent mot pour mot : dans l'étude sur GPT-2, des centaines de séquences textuelles ont été extraites1.
Le but dépend de la cible. Dans le cas d'un modèle entraîné sur des dossiers sensibles, savoir qu'une personne y figure peut déjà être une information. Les auteurs de 2016 l'illustrent avec un jeu de données de sorties d'hôpital, dont l'appartenance est sensible du point de vue de la vie privée3.
2Ce que vous voyez à l'écran1 min
Les sources citées ici ne décrivent aucun signe visible pour un salarié. L'attaque consiste à poser des questions à un modèle accessible, et ses requêtes peuvent sembler ordinaires. La trace se voit plutôt dans une réponse du modèle qui contient un extrait mémorisé.
Le texte ci-dessous est une illustration neutralisée, pas une commande à reproduire. Il montre l'allure d'une demande qui cherche à faire sortir de la mémoire d'un modèle des données personnelles.
Illustration : échange fictif avec un assistant, adresse en .invalid.
Question : [une demande répétitive ou banale, paraphrasée]
Réponse du modèle : [un extrait mémorisé : nom, numéro, courriel fictif
[email protected]]3Sous le capotÉquipes IT2 min
Le mécanisme repose sur les différences de comportement d'un modèle entre ce qu'il a appris et ce qu'il n'a jamais vu3. L'attaquant exploite ces différences, soit en les mesurant (inférence d'appartenance), soit en provoquant la sortie de séquences mémorisées (extraction).
Les modèles visés sont de natures diverses. Les chercheurs de 2016 ont testé des services d'apprentissage automatique « à la demande » de fournisseurs commerciaux comme Google et Amazon, et montrent que ces modèles peuvent être vulnérables3. Ceux de 2023 extraient des gigaoctets de données de modèles ouverts comme Pythia, de modèles semi-ouverts comme LLaMA et de modèles fermés comme ChatGPT2.
Le NIST publie une taxonomie de l'apprentissage automatique adverse, dont les mots-clés comprennent « privacy breach »5. L'OWASP cite aussi l'attaque « Proof Pudding » (CVE-2019-20634) : des données d'entraînement divulguées y ont facilité l'extraction et l'inversion du modèle, ce qui a permis de contourner des filtres de courrier électronique4. Il relie ces techniques à trois entrées de la base MITRE ATLAS : inférer l'appartenance aux données d'entraînement, inverser un modèle, extraire un modèle4.
Côté défense, l'OWASP recommande de nettoyer les données avant l'entraînement, de limiter les accès selon le principe du moindre privilège, d'employer l'apprentissage fédéré et la confidentialité différentielle, qui ajoute du bruit aux données ou aux sorties4. Il précise qu'une consigne donnée au modèle sur les types de données à ne pas renvoyer peut être contournée par injection de consigne4. Le NCSC britannique rappelle que les systèmes d'IA sont soumis à des vulnérabilités nouvelles, qui s'ajoutent aux menaces habituelles6.
4AutopsiesCas réels2 min
Décembre 2020 : l'extraction de données de GPT-2
Le 14 décembre 2020, Nicholas Carlini et onze coauteurs déposent sur arXiv une étude montrant qu'un adversaire peut récupérer des exemples d'entraînement individuels en interrogeant un modèle de langage1. Ils attaquent GPT-2, entraîné sur des données collectées sur l'internet public, et en extraient des centaines de séquences textuelles mot pour mot1. Parmi elles figurent des informations personnelles publiques (noms, numéros de téléphone, adresses électroniques), des conversations IRC, du code et des identifiants UUID de 128 bits1. Une version révisée date du 15 juin 20211.
Novembre 2023 : l'extraction de données de ChatGPT
Le 28 novembre 2023, Milad Nasr, Nicholas Carlini et huit coauteurs publient une étude sur l'extraction de données d'entraînement de modèles de production2. Pour attaquer ChatGPT, modèle aligné, ils mettent au point une attaque dite « par divergence » : elle fait sortir le modèle de son style de conversation et lui fait émettre des données d'entraînement à un rythme 150 fois supérieur à celui d'un fonctionnement normal2. Ils concluent que des attaques pratiques peuvent récupérer beaucoup plus de données qu'on ne le pensait2. La page de l'OWASP renvoie à un article de presse sur ce cas, intitulé « ChatGPT Spit Out Sensitive Data When Told to Repeat ‘Poem’ Forever »4.
Pour le salarié, le réflexe découle de ces cas. L'OWASP range dans les données sensibles les données personnelles, les informations financières, les dossiers de santé, les données confidentielles d'entreprise, les identifiants de sécurité et les documents juridiques : on ne les saisit pas dans un outil d'IA public4. Pour les outils achetés par l'entreprise, on demande aux fournisseurs des garanties écrites, car l'OWASP recommande des politiques claires sur la conservation, l'usage et la suppression des données4.
Fiche
- Identifiant
- CP-291
- Aile
- 4. Intelligence artificielle
- Compétence Brain
- Protéger ses données (IA) (protect_data)
- Réflexe Brain
- air-008
- Schéma
- G1 · Chaîne d'attaque (Kill Chain)
- Langues
- de, en, fr
- Sources
- 6 sources vérifiées le 3 novembre 2026
Sources6 sources
- arXiv, « Extracting Training Data from Large Language Models », 14 décembre 2020. https://arxiv.org/abs/2012.07805 (consulté le 3 novembre 2026)
- arXiv, « Scalable Extraction of Training Data from (Production) Language Models », 28 novembre 2023. https://arxiv.org/abs/2311.17035 (consulté le 3 novembre 2026)
- arXiv, « Membership Inference Attacks against Machine Learning Models », 18 octobre 2016. https://arxiv.org/abs/1610.05820 (consulté le 3 novembre 2026)
- OWASP, « LLM02:2025 Sensitive Information Disclosure ». https://genai.owasp.org/llmrisk/llm022025-sensitive-information-disclosure/ (consulté le 3 novembre 2026)
- NIST, « AI 100-2 E2023, Adversarial Machine Learning: A Taxonomy and Terminology of Attacks and Mitigations ». https://csrc.nist.gov/pubs/ai/100/2/e2023/final (consulté le 3 novembre 2026)
- NCSC (Royaume-Uni), « Principles for security of Machine learning ML », 22 mai 2024. https://www.ncsc.gov.uk/collection/machine-learning-principles (consulté le 3 novembre 2026)
Citer cet article
Brain, « Retrouver les données d'entraînement d'une IA », Cyberpedia, 2026. https:/
BibTeX
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