Directive NIS 2
Ce que la directive NIS 2 demande aux organisations et à leurs dirigeants, ce que ça change pour chaque salarié, et où en est la loi en France.
En 30 secondes
- Qui est concerné
- Les entreprises et administrations des 18 secteurs visés, parmi lesquels l'énergie, les transports, la santé, l'eau, le numérique et une partie de l'industrie, en général à partir de la taille d'une entreprise moyenne.
- Ce que ça change pour vous
- En France, dès que la loi de transposition sera en vigueur, des règles de sécurité plus strictes au travail, de la formation, et une première alerte à envoyer dans les 24 heures après un incident grave.
- Le réflexe
- Signalez tout incident de sécurité à l'équipe cybersécurité dès que vous le constatez, même si vous doutez de sa gravité.
- Si c'est déjà fait
- Vous avez cliqué sur un lien douteux, perdu un appareil ou remarqué quelque chose d'anormal il y a quelques jours sans le dire ? Signalez-le maintenant, l'information reste utile.
De quoi parle-t-on
NIS 2 est la directive (UE) 2022/2555, adoptée le 14 décembre 2022, qui fixe un niveau commun de cybersécurité dans l'Union européenne pour les organisations dont les services comptent pour l'économie et la société. Elle remplace la première directive NIS, qui datait de 20161. En France, l'ANSSI indique que plusieurs milliers d'entités, réparties dans 18 secteurs d'activité, seront concernées : pour l'essentiel des moyennes et grandes entreprises, des collectivités territoriales et des administrations2.
La directive demande aux États d'imposer à ces organisations des mesures de sécurité et des délais courts pour déclarer les incidents graves, et de rendre leurs dirigeants responsables de la mise en œuvre1. Selon la Commission européenne, la plupart des États membres l'ont transposée dans leur droit5. La France fait partie des quatre pays que la Commission a renvoyés devant la Cour de justice de l'Union européenne le 8 juillet 2026, faute de transposition complète5.
Questions directes
Mon entreprise est-elle concernée ?
Deux critères comptent : le secteur et la taille. La directive vise les entités des secteurs listés dans ses annexes I et II qui sont au moins des entreprises moyennes, et certaines entités quelle que soit leur taille, comme les fournisseurs de services DNS ou les prestataires de services de confiance1. Selon la définition européenne, une entreprise n'est plus petite à partir de 50 salariés, ou si son chiffre d'affaires et son total de bilan dépassent tous deux 10 millions d'euros3. Ces seuils valent pour l'entreprise seule, mais une entreprise qui fait partie d'un groupe peut devoir compter aussi les effectifs et les chiffres de ce groupe3. Au sens de la directive, les grandes entreprises des secteurs de l'annexe I sont en principe des « entités essentielles », la plupart des autres des « entités importantes », et les sanctions maximales diffèrent d'une catégorie à l'autre1.
Est-ce que je risque une sanction en tant que salarié ?
Les sanctions prévues par la directive visent les entités et leurs dirigeants1. Ce qui vous concerne au quotidien, ce seront les règles internes que votre employeur mettra en place pour s'y conformer, comme la formation, la double authentification ou la procédure de signalement.
1Ce que ça change pour un salarié2 min
Pour un salarié, NIS 2 se traduira surtout par des règles internes plus nettes, en France dès que la loi de transposition sera en vigueur. L'article 21 demande que chaque entité concernée prenne une liste minimale de mesures, parmi lesquelles les pratiques de base de cyberhygiène, la formation à la cybersécurité, des politiques de contrôle d'accès et, selon les besoins, l'authentification à plusieurs facteurs1. L'article 20 demande aussi aux États d'encourager les entités à former régulièrement leur personnel, pour que chacun sache repérer les risques et juger les pratiques de sécurité1.
Le point qui dépend le plus de vous, c'est la remontée des incidents. La directive demande qu'une entité envoie une alerte précoce au CSIRT ou à l'autorité compétente dans les 24 heures après avoir eu connaissance d'un incident important, puis une notification d'incident sous 72 heures et un rapport final dans le mois qui suit1. Ces délais perdent leur sens si l'information reste bloquée en route. Un courriel suspect ouvert le lundi et signalé le jeudi, ce sont trois jours pendant lesquels un attaquant a pu avancer sans que personne ne le cherche.
Au sens de la directive, un incident est « important » s'il cause, ou peut causer, une perturbation grave des services ou des pertes financières pour l'entité, ou des dommages considérables à d'autres personnes1. Le tri revient à l'équipe sécurité ; votre rôle est de signaler. Si l'incident touche des données personnelles, le RGPD ajoute sa propre obligation : notifier la CNIL au plus tard 72 heures après une violation qui présente un risque pour les personnes4. L'article sur le RGPD détaille cette procédure.
Dans le programme Brain, ce geste correspond au réflexe « Signaler tout incident de sécurité à l'équipe cybersécurité ». Signalez aussi vos propres erreurs, un clic malheureux par exemple : sans votre signalement, l'équipe sécurité peut ne jamais apprendre qu'une attaque a commencé. L'article sur la culture de la sanction explique pourquoi la peur d'être puni pousse à cacher les incidents.
2Ce que ça change pour la directionDirection2 min
NIS 2 fait remonter la cybersécurité au niveau des organes de direction. La directive demande qu'ils approuvent les mesures de gestion des risques et supervisent leur mise en œuvre, qu'ils puissent être tenus responsables si l'entité viole ces obligations, et que leurs membres suivent une formation1. En France, ces obligations s'appliqueront quand la loi de transposition sera en vigueur.
Pour les amendes, les États doivent prévoir un plafond d'au moins 10 millions d'euros ou 2 % du chiffre d'affaires annuel mondial, le montant le plus élevé étant retenu, quand une entité essentielle manque à ses obligations de sécurité ou de déclaration. Pour une entité importante, ce plafond est d'au moins 7 millions d'euros ou 1,4 %1. Dans une entité essentielle qui ne corrige pas ses manquements malgré les injonctions de l'autorité, la directive permet aussi à celle-ci de demander qu'une personne exerçant des responsabilités de direction, au niveau de directeur général ou de représentant légal, soit temporairement interdite d'exercer ces responsabilités dans l'entité1.
La sécurité de la chaîne d'approvisionnement fait partie des mesures exigées par la directive, y compris les relations avec les fournisseurs et prestataires directs1 : l'article sur l'évaluation du risque fournisseur y est consacré. Pour aider les organisations, l'ANSSI a publié une version de travail de son Référentiel Cyber France (ReCyF), qui liste les mesures qu'elle recommande pour atteindre les objectifs de sécurité de NIS 22. Un exercice de crise sur table permet de vérifier, avant un vrai incident, que l'alerte peut partir en moins de 24 heures.
3Ce que dit le texteTexte officiel1 min
La directive a été publiée au Journal officiel de l'Union européenne le 27 décembre 2022. Les États devaient la transposer au plus tard le 17 octobre 2024 et l'appliquer à partir du 18 octobre 2024, date à laquelle la directive NIS de 2016 a été abrogée1. Ils devaient aussi établir la liste de leurs entités essentielles et importantes au plus tard le 17 avril 20251.
L'article 21 fixe une liste minimale de mesures, fondée sur une approche « tous risques »1 :
- analyse des risques et politiques de sécurité des systèmes d'information ;
- gestion des incidents ;
- continuité des activités, sauvegardes et gestion de crise ;
- sécurité de la chaîne d'approvisionnement ;
- sécurité de l'acquisition, du développement et de la maintenance des réseaux et des systèmes d'information, y compris le traitement et la divulgation des vulnérabilités ;
- évaluation de l'efficacité des mesures ;
- cyberhygiène de base et formation à la cybersécurité ;
- cryptographie et, le cas échéant, chiffrement ;
- sécurité des ressources humaines, contrôle d'accès et gestion des actifs ;
- authentification à plusieurs facteurs et communications sécurisées, selon les besoins.
L'article 23 fixe le calendrier de déclaration d'un incident important1 :
Délais comptés à partir du moment où l'entité a connaissance de l'incident important
24 heures alerte précoce au CSIRT ou à l'autorité compétente
72 heures notification d'incident, avec une première évaluation de gravité et d'impact
sur demande rapport intermédiaire
1 mois rapport final, compté à partir de la notification d'incident4Où en est l'application2 min
La Commission européenne a envoyé des lettres de mise en demeure le 28 novembre 2024, puis des avis motivés le 7 mai 2025. Le 8 juillet 2026, elle a saisi la Cour de justice de l'Union européenne contre l'Irlande, l'Espagne, la France et les Pays-Bas, en demandant une somme forfaitaire et des astreintes journalières jusqu'à la transposition complète5.
En France, la transposition passe par le projet de loi relatif à la résilience des infrastructures critiques et au renforcement de la cybersécurité. Dans sa version déposée, son titre II, consacré à la cybersécurité, renvoie à la directive (UE) 2022/2555 et définit les entités essentielles et importantes, avec par exemple un seuil d'au moins 50 salariés pour une entité importante6. Le gouvernement l'a déposé au Sénat le 15 octobre 2024, en procédure accélérée, et le Sénat l'a adopté le 12 mars 2025. La commission spéciale de l'Assemblée nationale a déposé son texte le 10 septembre 20257. La Conférence des présidents de l'Assemblée avait inscrit le projet de loi aux séances des 7 et 9 octobre 20268, puis l'en a retiré le 6 octobre 2026, sans fixer de nouvelle date9. À la date de consultation, le dossier législatif ne mentionne aucun examen en séance publique à l'Assemblée7.
En attendant, l'ANSSI invite les futures entités essentielles et importantes à renforcer dès maintenant leur niveau de sécurité, et précise que son référentiel ReCyF pourra être ajusté au fil des débats parlementaires2.
Fiche
- Identifiant
- CP-366
- Aile
- 6. Gouvernance et GRC
- Compétence Brain
- Signaler les incidents (report_incidents)
- Réflexe Brain
- Signaler tout incident de sécurité à l'équipe cybersécurité (cr-017)
- Schéma
- G3 · Coupe Anatomique
- Langues
- de, en, fr
- Sources
- 9 sources vérifiées le 26 octobre 2026
Sources9 sources
- EUR-Lex, Journal officiel de l'Union européenne, « Directive (UE) 2022/2555 du Parlement européen et du Conseil du 14 décembre 2022 concernant des mesures destinées à assurer un niveau élevé commun de cybersécurité dans l'ensemble de l'Union, modifiant le règlement (UE) n° 910/2014 et la directive (UE) 2018/1972, et abrogeant la directive (UE) 2016/1148 (directive SRI 2) », 27 décembre 2022. https://eur-lex.europa.eu/eli/dir/2022/2555/oj?locale=fr (consulté le 26 octobre 2026)
- ANSSI, « NIS 2 | MesServicesCyber ». https://messervices.cyber.gouv.fr/nis2 (consulté le 26 octobre 2026)
- Commission européenne, « SME definition ». https://single-market-economy.ec.europa.eu/smes/sme-fundamentals/sme-definition_en (consulté le 26 octobre 2026)
- CNIL, « Violations de données personnelles : les règles à suivre », 19 juin 2018. https://www.cnil.fr/fr/violations-de-donnees-personnelles-les-regles-suivre (consulté le 26 octobre 2026)
- Commission européenne, « Commission refers Ireland, Spain, France and the Netherlands to the Court of Justice for failing to transpose the rules on cybersecurity », 8 juillet 2026. https://digital-strategy.ec.europa.eu/en/news/commission-refers-ireland-spain-france-and-netherlands-court-justice-failing-transpose-rules (consulté le 26 octobre 2026)
- Sénat, « Résilience des infrastructures critiques et renforcement de la cybersécurité », 15 octobre 2024. https://www.senat.fr/leg/pjl24-033.html (consulté le 26 octobre 2026)
- Assemblée nationale, « Projet de loi relatif à la résilience des infrastructures critiques et au renforcement de la cybersécurité : dossier législatif ». https://www.assemblee-nationale.fr/dyn/17/dossiers/DLR5L17N50731 (consulté le 26 octobre 2026)
- Assemblée nationale, Conférence des présidents (relevé de conclusions), « Réunion du mardi 22 septembre 2026 », 22 septembre 2026. https://www2.assemblee-nationale.fr/17/la-conference-des-presidents/releve-de-conclusions/reunion-du-mardi-22-septembre-2026 (consulté le 26 octobre 2026)
- Assemblée nationale, Conférence des présidents (relevé de conclusions), « Réunion du mardi 6 octobre 2026 », 6 octobre 2026. https://www2.assemblee-nationale.fr/17/la-conference-des-presidents/releve-de-conclusions/reunion-du-mardi-6-octobre-2026 (consulté le 26 octobre 2026)
Citer cet article
Brain, « Directive NIS 2 », Cyberpedia, 2026. https:/
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