Cyberpediapar Brain
FRDEEN

Attaque AiTM et vol de jeton MFA

Un faux site de connexion relaie en direct votre mot de passe et votre code MFA, puis l'attaquant vole la session. Comment ça marche et s'en protéger.

En 30 secondes

Où ça arrive
Sur une page de connexion à un service en ligne (messagerie, bureautique en ligne), atteinte depuis un lien ou une pièce jointe reçus par courriel1.
Ce que veut l'attaquant
Le mot de passe et surtout le cookie de session, pour se connecter à votre place malgré l'authentification multifacteur (MFA)1.
Le réflexe
N'ouvrez pas la page de connexion depuis un message ; passez par votre favori ou l'adresse que vous tapez vous-même, et signalez tout message qui vous y envoie.
Si c'est déjà fait
Prévenez tout de suite le service informatique, car un attaquant peut agir dans la boîte mail quelques minutes après le vol1.

De quoi parle-t-on

Vous saisissez votre mot de passe, vous validez le code de votre application d'authentification, et votre messagerie s'ouvre comme d'habitude. Pourtant, la page de connexion était fausse. Dans une attaque dite « adversary-in-the-middle » (AiTM, l'attaquant au milieu), un serveur placé entre vous et le vrai service transmet tout en direct, et l'attaquant garde au passage la preuve de votre connexion.

Cette preuve est le cookie de session, le petit fichier que le service remet au navigateur une fois l'identification réussie. Avec lui, l'attaquant entre dans votre compte sans que le service lui redemande quoi que ce soit.

Questions directes

La MFA ne protège-t-elle pas du vol de compte ?

Elle arrête beaucoup de menaces. Microsoft écrit que l'AiTM n'est pas une faille de la MFA : comme le cookie de session est volé, l'attaquant est authentifié à la place de l'utilisateur, quelle que soit la méthode de connexion de ce dernier1. MITRE relève de même que l'usage d'un cookie de session volé contourne certains protocoles MFA, puisque la session est déjà authentifiée2.

À quoi ressemble la page piégée ?

À la vraie. Le serveur de l'attaquant relaie chaque échange vers le site imité : la page est visuellement identique à l'original, et l'adresse est la seule différence visible1. Si l'organisation a personnalisé sa page de connexion Azure AD, la fausse page reprend la même personnalisation1.

Un code à six chiffres suffit-il à me protéger ?

Non. La CISA décrit une technique d'hameçonnage courante : le message mène à un site qui imite le portail de connexion d'une entreprise, et l'utilisateur y saisit son identifiant, son mot de passe et le code à 6 chiffres de son application d'authentification3.

Quelle protection résiste vraiment ?

Les clés et passkeys FIDO2. Microsoft explique qu'elles protègent contre l'usurpation du vérificateur : l'authentificateur ne transmet ses secrets qu'au service auprès duquel la clé a été enregistrée, pas à un attaquant qui se fait passer pour lui4. La CISA classe FIDO/WebAuthn et l'authentification par infrastructure à clés publiques (PKI) parmi les MFA résistantes à l'hameçonnage3.

1Dans la peau de l'attaquant1 min

L'attaquant n'a pas à fabriquer un faux site : il installe un serveur web qui fait passer les paquets HTTP entre la victime et le service visé, dans les deux sens1. La page contient deux sessions TLS distinctes, l'une avec la victime, l'autre avec le vrai site, ce qui lui permet d'extraire des requêtes les mots de passe et, plus important, les cookies de session1.

Ce travail est automatisable avec des kits open source. Microsoft cite Evilginx2, Modlishka et Muraena1. MITRE précise qu'Evilginx2 peut servir de relais AiTM entre un site légitime et une personne hameçonnée pour capturer les identifiants, les jetons d'authentification et les cookies de session5. Une fois le cookie obtenu, l'attaquant l'injecte dans son propre navigateur pour sauter l'authentification, même si la MFA de la cible est activée1.

2Ce que vous voyez à l'écran1 min

Au départ, un message. MITRE décrit le courriel avec lien piégé, qui sert notamment à éviter les défenses qui inspectent les pièces jointes6. Dans la campagne étudiée par Microsoft, le courriel portait une pièce jointe HTML et annonçait un message vocal1. La page affichait une barre de téléchargement du message, mais la barre était écrite en dur dans le fichier : aucun fichier audio n'était téléchargé1. La victime était ensuite redirigée vers une page qui préremplissait son adresse de courriel, ce qui renforçait la crédibilité du piège1.

Puis vient la page de connexion, copie du portail Microsoft. Une fois les identifiants saisis et l'authentification réussie, la victime arrivait sur la vraie page office.com1. Rien ne signale l'interception : en arrière-plan, l'attaquant avait déjà intercepté les identifiants et ouvert une session à son tour1.

Voici une illustration neutralisée de la forme d'une telle adresse, pour montrer que seule l'adresse trahit le piège :

Extrait
Illustration (adresse neutralisée, inventée pour l'exemple) :
hxxps://login[.]exemple-portail[.]invalid/[identifiant de la victime]
Page affichée : [copie du formulaire de connexion Microsoft]
Adresse attendue : [l'adresse officielle du service, saisie ou enregistrée par vous]
3Sous le capotÉquipes IT2 min

Un service web ouvre une session après l'authentification, pour ne pas redemander l'identité à chaque page. Cette session repose sur un cookie fourni par le service d'authentification, qui prouve au serveur que l'utilisateur est connecté1. MITRE note que ces cookies restent souvent valides longtemps, même quand l'application n'est pas utilisée activement7. Un attaquant qui en possède un peut l'importer dans un navigateur qu'il contrôle et se connecter à l'application2.

Dans la campagne de 2022, les cookies portaient une déclaration MFA : l'attaquant s'en servait donc pour accéder au compte malgré la politique MFA de l'organisation1. MITRE cite aussi un cas où APT29 a utilisé des cookies volés pour accéder à des ressources cloud, et un cookie duo-sid forgé pour contourner la MFA d'un compte de messagerie, lors de la compromission SolarWinds2.

Côté défense, la CISA classe les formes de MFA de la plus forte à la plus faible. Les codes à usage unique d'une application sont vulnérables à l'hameçonnage, tout comme les SMS et les appels vocaux3. Les notifications push avec saisie d'un nombre résistent au « push bombing » mais pas à l'hameçonnage3. Seule la FIDO/WebAuthn est, selon la CISA, l'authentification résistante à l'hameçonnage largement disponible3. Le NCSC britannique consacre un guide aux méthodes de MFA les plus solides8. Microsoft recommande aussi des politiques d'accès conditionnel, évaluées à chaque tentative d'utilisation d'un cookie volé (appareil conforme, adresse IP de confiance)1.

4AutopsiesCas réels1 min

Juillet 2022 : une campagne visant plus de 10 000 organisations

Le 12 juillet 2022, Microsoft publie l'analyse d'une campagne d'hameçonnage AiTM à grande échelle. Elle a volé des mots de passe, détourné des sessions et ignoré l'authentification même quand la MFA était activée. Selon les données de Microsoft, elle a tenté de cibler plus de 10 000 organisations depuis septembre 20211. Les attaquants imitaient la page d'authentification en ligne d'Office, avec le kit Evilginx21.

Après le vol : la fraude aux virements

Les attaquants se servaient ensuite des identifiants et des cookies volés pour accéder aux boîtes mail et lancer des fraudes aux virements (BEC) contre d'autres cibles1. Microsoft a observé que cinq minutes pouvaient suffire entre le vol et le début de la fraude1. Les jours suivants, l'attaquant consultait toutes les quelques heures les courriels et pièces jointes financiers, cherchait des échanges en cours, puis effaçait le courriel d'hameçonnage initial1.

Il créait ensuite une règle de boîte de réception qui déplaçait vers « Archive », marqués comme lus, les messages venant du domaine de la cible de la fraude, pour que le titulaire ne voie rien1. Il répondait enfin aux fils de discussion sur les paiements et les factures, puis supprimait ses réponses des éléments envoyés1. Une fois, il a mené plusieurs tentatives en parallèle depuis la même boîte1.

Fiche

Identifiant
CP-004
Aile
1. Attaques et techniques
Compétence Brain
Détecter le phishing (detect_phishing)
Réflexe Brain
cr-004
Schéma
G1 · Chaîne d'attaque (Kill Chain)
Langues
de, en, fr
Sources
8 sources vérifiées le 3 novembre 2026
Sources8 sources
  1. Microsoft, « From cookie theft to BEC: Attackers use AiTM phishing sites as entry point to further financial fraud », 12 juillet 2022. https://www.microsoft.com/en-us/security/blog/2022/07/12/from-cookie-theft-to-bec-attackers-use-aitm-phishing-sites-as-entry-point-to-further-financial-fraud/ (consulté le 3 novembre 2026)
  2. MITRE ATT&CK, « Use Alternate Authentication Material: Web Session Cookie, Sub-technique T1550.004 - Enterprise ». https://attack.mitre.org/techniques/T1550/004/ (consulté le 3 novembre 2026)
  3. CISA, « Implementing Phishing-Resistant MFA ». https://www.cisa.gov/sites/default/files/publications/fact-sheet-implementing-phishing-resistant-mfa-508c.pdf (consulté le 3 novembre 2026)
  4. Microsoft, « Passkeys (FIDO2) authentication method in Microsoft Entra ID ». https://learn.microsoft.com/en-us/entra/identity/authentication/concept-authentication-passkeys-fido2 (consulté le 3 novembre 2026)
  5. MITRE ATT&CK, « Adversary-in-the-Middle, Technique T1557 - Enterprise ». https://attack.mitre.org/techniques/T1557/ (consulté le 3 novembre 2026)
  6. MITRE ATT&CK, « Phishing: Spearphishing Link, Sub-technique T1566.002 - Enterprise ». https://attack.mitre.org/techniques/T1566/002/ (consulté le 3 novembre 2026)
  7. MITRE ATT&CK, « Steal Web Session Cookie, Technique T1539 - Enterprise ». https://attack.mitre.org/techniques/T1539/ (consulté le 3 novembre 2026)
  8. NCSC (Royaume-Uni), « Multi-factor authentication for your corporate online services », 26 septembre 2024. https://www.ncsc.gov.uk/collection/mfa-for-your-corporate-online-services (consulté le 3 novembre 2026)

Citer cet article

Brain, « Attaque AiTM et vol de jeton MFA », Cyberpedia, 2026. https://startbrain.io/cyberpedia/fr/articles/attaque-aitm-vol-jeton-mfa/

BibTeX
@misc{brain_cp004_fr_2026,
  author = {Brain},
  title = {Attaque AiTM et vol de jeton MFA},
  year = {2026},
  howpublished = {Cyberpedia},
  url = {https://startbrain.io/cyberpedia/fr/articles/attaque-aitm-vol-jeton-mfa/},
  note = {CC BY 4.0}
}